Point 9 de l'agenda: Question de la violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales, o&ugrave: qu'elle se produise

March 20 - April 28, 2000
Palais des Nations, GenevaExposé écrit présenté par Franciscain International. Violations des droits de l'homme par le personnel militaire latino-américain entraîné auprès de la School of Americas à Fort Benning, Géorgie.(E/CN.4/2000/NGO/38)

Violations des droits de l'homme par le personnel militaire latino-américain entraîné auprès de la School of Americas à Fort Benning, Géorgie.

La « School of Americas » (SOA), située à Fort Benning, Géorgie est une institution d'éducation militaire. Plus de 57'000 officiers, cadets, officiers de rang inférieur (NCO) et civils d'Amérique latine et des Etats-Unis y ont été entraînés au cours de derniers 50 ans. Selon le Département d'Etat américain, l'entraînement offert par la SOA se veut un investissement à long terme dans le cadre d'une relation positive avec l'Amérique latine. L'école actuelle dérive de plusieurs institutions précédentes. Ce processus commença avec une école militaire en 1946 pour offrir, avant tout, une instruction technique au personnel nord américain, avec un entraînement limité pour le latino-américain.

Les cours à la SOA sont donnés par du personnel militaire nord-américain et latino-américain et quelques instructeurs civils. Les instructeurs latino américains sont nommés par leurs gouvernements d'origine et sujets à l'approbation des Etats-Unis.

Des citoyens américains, des membres du Congrès, des chefs religieux du monde entier, des leaders syndicaux et des organisations de droits de l'homme critiquent sévèrement la SOA. La SOA est accusée de violer en maintes occasions les droits de l'homme et c'est bien en raison de son implication directe dans nombre de violations partout dans le monde que cette école doit être fermée.

Les organisations qui présentent cette communication à la Commission des droits de l'homme de l'ONU travaillent dans des pays où des diplômés de la SOA ont plusieurs fois violé les droits de l'homme les plus fondamentaux. Nous avons été témoins de leur brutalité et aidé les survivants. Nous croyons que les connexions entre l'école et les violations des droits de l'homme ne sont pas casuelles.

En dépit d'une nouvelle loi qui interdit la participation de responsables de violations des droits de l'homme et de l'introduction de quelques cours sur les droits de l'homme, l'école doit être fermée. Des efforts en vue de sa réforme ne peuvent ni effacer l'impacte extrêmement négatif de la SOA au cours des 30 dernière années ni prévenir que ses diplômés continuent à violer les droits de l'homme.

Des 33 cours offerts dans le catalogue de la SOA, seulement 5 se réfèrent aux droits de l'homme, la démocratie ou les affaires humanitaires et moins du 10% des étudiants les ont choisis en 1998. En outre, même si la SOA offre un cours appelé « Cours des droits de l'homme : entraîne l'entraîneur », aucun étudiant ne l'a choisi ni en 1997 ni en 1998 et personne n'envisage de le faire en 1999. La plupart des cours donnés à la SOA est de nature militaire. Au sein de ce programme d'entraînement, il y a « Opération des armes combinées » pour les cadets, « Intelligence militaire » et « Opérations psychologiques ». Des données récentes montrent que plus de 3,300 soldats latino américains ont reçu des cours généraux d'entraînement auprès de la SOA tandis que seulement 25 ont choisi le cours sur les Opérations de Déminage et 28 ont opté pour celui sur le maintien de la démocratie. En dépit du fait que la SOA se présente comme une école pour la démocratie, elle reste essentiellement une école militaire de combat.

Les liens entre la SOA et des responsables de violations déplorables, graves et systématiques, un grand nombre parmi elles récentes, sont, entre autre, documentés par les exemples suivants:

Colombie: 50% (124 sur 247) des militaires considérés dans le livre "Etat de Terreur (1992)" comme responsables de violations des droits de l'homme sont des diplômés de la SOA. Certains des architectes de la collaboration militaire - paramilitaire - cause d'autant de violence aujourd'hui - étaient des diplômés de la SOA.

Le 27 octobre 1997, des soldats entraînés par la SOA ont tué le président du syndicat de travailleurs de l'énergie électrique. Le même jour, des soldats entraînés par la SOA ont pris en otage des travailleurs de la compagnie pétrolière de l'Etat. Un mois plus tard, le 26 novembre, le secrétaire du syndicat colombien de la construction fut tué à Medellin (Rapport d'Amnesty International).

Le 13 mai 1998, la 5ème Division effectua une incursion illégale contre le personnel de l'organisation des droits de l'homme Justice et Paix. Pendant leur détention, les agents ont copié une base de donnée contenant plus de 40,000 cas relatifs aux droits de l'homme. Des agents militaires ont affirmé que le général Rito Alejo del Rio, diplômés de la SOA et membre de cette Division, en fut l'instigateur. Le même général maintenait des liens avec des groupes paramilitaires qui ont opéré librement dans des zones sous contrôle militaire. (Rapport du Département d'Etat américain sur les droits de l'homme en Colombie, 1998).

En mai 1998, les Forces armées colombiennes ont formellement dissout la 20ème Division (groupe stratégique d'intelligence) à cause de son implication dans des cas de violations des droits de l'homme, y compris les assassinats planifiés de membres de la population civile. Le commandant chargé à l'époque de cette Division était le général Paucelino Latorre Gamboa, lui aussi diplômé de la SOA. Un autre général diplôme de la SOA, Yanine Diaz, fut accusé de préparer une stratégie afin que des groupes paramilitaires entreprennent des activités contre la guerilla dont l'armée ne pouvait pas s'en charger. En dépit des tentatives du gouvernement de le traduire en justice dans un tribunal civil, les militaires ont réussi à continuer la tradition d'impunité, et seulement les agents de rang inférieur ont été sanctionnés. (Rapport du Département d'Etat américain sur les droits de l'homme, 1998).

Guatemala: le rapport complet de la Commission de Clarification historique au Guatemala met en évidence la participation de la SOA dans l'entraînement contrainsurgente, qui a eu un impact significatif sur les droits de l'homme pendant le conflit armé. En identifiant tous les opposants comme des adversaires, la Doctrine de sécurité nationale (enseignée à la SOA) contribua à élargir la définition de contrainsurgence ainsi que les techniques de persécution créant un état de terreur. (Rapport pour Clarification historique au Guatemala, 1999).

Un autre rapport présenté par le Bureau des droits de l'homme de l'archidiocèse guatémaltèque établit aussi le lien entre la SOA et la campagne de génocide de la population civile. Le rapport de 1998 de la Commission de Clarification Historique au Guatemala termina suite aux accords de paix survenus entre temps tandis que le rapport « Guatemala Nunca Mas », mentionne spécifiquement des noms d'agents militaires responsables d'atrocités à l'intérieur de leur propre pays. Le rapport de 1998 documente que les diplômés de la SOA sont parmi les principaux responsables de violations des droits de l'homme. Certains cas y compris celui de l'anthropologue Myrna Mack ou celui de la couverture de l'assassinat de Michael DeVine ou encore celui de la mort pour torture de Efrain Bamaca, mari de l'avocate nord-américaine Jennifer Harbury. Le rapport de l'archidiocèse indique aussi que les diplômés de la SOA sont des agents de haut rang et des membres de l'Agence d'Intelligence guatémaltèque (D-2 ou G-2). Les deux rapports les considèrent responsables des crimes les plus horribles. (Guatemala: Nunca Mas, 1998).

Les deux rapports affirment que ce sont pour la plupart les groupes paramilitaires les responsables des 42'000 cas de violations des droits de l'homme. Benedicto Lucas Garcia planifia la création de ces groupes paramilitaires opérant auprès de la population civile et qui sont responsables d'un grand nombre des violations brutales commises pendant la guerre.

El Salvador: Le rapport de la Commission pour la Vérité des Nations Unies, publié en mars 1993 indique que plus de 60 agents militaires salvadoriens ont été responsables des plus graves atrocités pendant la sanglante guerre civile. Plus de deux tiers des agents cités étaient des diplômés de la SOA. Parmi eux nous comptons:

· deux des trois agents ou ex-agents cités pour l'assassinat de l'archevêque Oscar Romero le 24 mars 1980,

· trois de cinq agents cités pour la mort de 4 religieuses nord-américaines, dont deux sœurs de Maryknoll, le 2 décembre 1980,

· dix des douze agents cités pour le massacre du Mozote en décembre 1981 où environ 1'000 personnes, surtout des femmes et des enfants, furent brutalement tués.,

· dix-neuf des vingt six agents cités pour le massacre des frères jésuites et de deux femmes à l'Université Centro Americana en novembre 1989.

Le manque d'intérêt pour les droits de l'homme que la School of Americas continue à montrer est clairement illustré par la décision d'octroyer des prix aux instructeurs militaires sous mentionnées dans son "Hall of Fame".

Par exemple:

Chili: Colonel Pablo Belmar. Instructeur invité en 1987. Il prit un cours d'orientation générale aux armes en 1968. Il a été directement impliqué dans la torture et la mort de l'agent des Nations Unies Carmelo Soria, dont le cou fut cassé après avoir été arrêté et torturé par la DINA chilienne. La voiture et le corps de M. Soria furent abandonnés dans un canal de Santiago en vue de faire en sorte que sa mort paraisse accidentelle. (Rapport de Americas Watch, Unfinished Business, mai 1994).

Colombie: Général retiré Farouk Yanine Diaz. Instructeur invité en 1991. Intervenant d'honneur à la SOA en 1990. Cours d'orientation de maintien. Il a été commandant de l'armée colombienne. Il a été accusé de diriger les « escuadrones » de la mort dans la région du Magdalena Medio. Il a également été accusé d'être responsable de dizaines de disparitions, de multiples massacres à large échelle et de l'assassinat des juges et des membres de l'appareil judiciaire chargés d'investiguer des crimes antérieurs. (Rapport du Département d'Etat américain sur les droits de l'homme, 1997). Les présentations faites par Yanine ont eu lieu après avoir été accusé de complicité dans des crimes tels que le massacre d'Uraba en 1988 où vingt travailleurs des plantations bananières furent tués ou la mort du maire de Sabana de Torres en 1987 ou encore le massacre de 19 hommes d'affaires.

Guatemala: le lieutenant Mario Roberto Grajeda. Instructeur auprès de la SOA en 1990-92. En 1997, d'anciens combattants de la URNG commencèrent à recevoir des menaces de mort de la Zone Militaire 22 de Guatemala. Différents groupes pro droits de l'homme ont fait référence à cet accident accusant Grajeda qui fut, en effet, le commandant de cette Zone à cette époque-là.

Les organisations co-signataires demandent instamment à la Commission des droits de l'homme de l'ONU :

1) de se saisir de cette question,

2) d'encourager le Congrès, le Président et les militaires américains à fermer la SOA étant donné son caractère d'instrument inapproprié pour la politique étrangère américaine.

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Meeting Year: 
2000
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co00

UN Commission on Human Rights: Fifty-sixth session
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UN Commission on Human Rights: Fifty-sixth session