Point 15 de l'agenda: Questions Relatives aux Populations Autochtones Exposé écrit présenté par Franciscain International. Fran

March 20 - April 28, 2000
Palais des Nations, Geneva Franciscains en action : le cas des Philippines.

La situation des droits de l'homme aux Philippines n'est ni bien connue ni bien comprise. Toutefois, des violations existent. Depuis la conquête de Magellan, les communautés autochtones philippines ont lutté pour survivre. Pendant des siècles, des communautés comme les Agtas les Aitas, les Subanems et les Mamgyans ont été obligées de s'intégrer et, donc, de nier leur culture et leur héritage. Récemment, la situation est devenue de plus en plus difficile car les indigènes sont maintenant des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Les communautés autochtones philippines sont de plus en plus déracinées de leurs maisons par des compagnies minières, des bûcherons et des multinationales en général. Le déni de logement et de terre prive ces personnes de leur dignité et de beaucoup de ce qu'ils considèrent sacré.

Les populations autochtones considèrent la terre comme la plus sacrée et la plus sainte des créations de Dieu. Elle n'appartient pas au peuple, mais à Dieu. Les êtres humains ne la contrôle pas, mais plutôt, c'est elle qui les contrôle. Elle guide les activités quotidiennes des indigènes. Ils sont nés de la terre, la nourrissent tout au long de leurs vies et lui reviennent après la mort. Même s'ils affirment qu'ils n'ont aucun droit de propriété sur la terre, le fait d'être déplacés désacralise leur foi, le prive d'un but ainsi que de leur territoire ancestral.

Le Mouvement franciscain pour la Justice, la Paix et l'Intégrité de la Création (FMJPIC), un groupe inter franciscain des Philippines, est profondément inquiet de cette situation. Pendant sa réflexion sur la célébration du Jubilé et son impacte sur les autochtones, il estima opportun de considérer les questions autochtones à titre prioritaire durant l'année du Jubilé. La situation des indigènes interpelle directement le Jubilé, une tradition judéo-chrétienne enracinée dans le Leviticus 25 et proclamée par Jésus dans l'évangile de Luc (Chap. 4). Les cinq thèmes principaux du Jubilé sont : 1) la mise en jachère de la terre afin que ses ressources se recréent, 2) la remise de la dette, 3) la libération des esclaves, des prisonniers et des opprimés, 4) la restitution de la terre et la redistribution des biens et 5) la réflexion et la célébration du travail de l'Esprit Saint comme moyen de stimuler l'espoir dans le monde. Les cinq thèmes du Jubilé s'adressent à tous, mais particulièrement aux autochtones - surtout pour ce qui est de la mise en jachère et de la restitution de la terre ainsi que de la réflexion et la célébration du rôle de l'Esprit.

Les sœurs et frères franciscains ont commencé à se concentrer sur les questions autochtones pendant leur conférence annuelle FMJPIC qui a prôné pour une approche différente par rapport au passé. Étant donné que les questions autochtones étaient la priorité de l'année, les Franciscains ont décidé d'avoir leur conférence dans le village montagneux Agta plutôt que comme d'habitude dans leur couvent. Cela représente une innovation, mais, en même temps, un défi sachant qu'ils se voulaient vraiment être solidaires avec les gens, ils auraient dû changer leurs méthodes traditionnelles d'enseignement à l'intérieur de leur propre communauté. Ils ont planifié de visiter la communauté et utiliser leur temps pour approfondir leur charisme franciscain à travers la vie de ces personnes. Le groupe franciscain souhaitait connaître le respect du peuple Agta pour la mère terre, son style simple de vie et de prière, et sa conception holiste de la personne humaine. En outre, ils ont décidé d'activement impliquer les Agta dans leurs réflexions ainsi qu'ils n'auraient pas été objet de réflexion, mais également des participants à plein titre.

Comme prévu, l'organisation de cette conférence fut complètement différente de celles eues dans le passé. D'habitude, la FMJPIC dépense 20,000 pesos pour chaque conférence pour la location d'une maison de retraite. Souvent les participants ressortent des conférences personnellement renouvelés et conscientisés, mais avec peu de preuves tangibles ou durables de leur rencontre. La conférence Agta a défié cette tendance et offert de nouvelles opportunités pour avoir des résultats à plus long terme., Les Franciscains ont décidé de donner aux Agta les 20'000 pesos normalement dépensés pour la maison de retraite pour qu'ils construisent un édifice. Les coordinateurs de la conférence ont rencontrés les chefs de la communauté, leur ont expliqué qu'ils avaient besoin d'un lieu de rencontre pour leur conférence et qui aurait offert de l'argent et des matériaux à la communauté pour qu'elle construise un édifice qui aurait ensuite servi les besoins de la communauté même après la conférence. Le but, la location et la taille de l'édifice furent laissés à la discrétion des membres du village. Après considération attentive, les Agta ont décidé qui aurait construit une communauté / centre d'apprentissage pour son peuple. L'édifice fut construit seulement dans deux semaines parce que le village tout entier fut impliqué dans le projet.

Une fois que le centre fut construit, les Franciscains ont voyagé au village des Agta. Chaque Franciscain a vécu avec une famille, mais tous les repas, rencontres et réflexions ont eu lieu dans le nouveau centre. Les frères et les sœurs ont ouvert un dialogue avec la communauté en partageant leurs repas avec eux. Ils ont aussi invité les membres de la communauté à participer pleinement à la conférence. Le fait de prendre tous les repas, d'avoir les rencontres, les activités et les réflexions en Tagalod - la langue principale aux Philippines a aidé ce processus.

La participation des Agta a été essentielle pour le succès de la conférence. Ils ont fait part de leurs expériences de vie et défié les Franciscains à être en conformité avec le charisme qui les guide. Le peuple Agta a exercé une influence profonde sur le processus de partage du groupe. Au cours de la conférence, chaque Franciscain a lu un texte écrit qui expliquait son expérience de foi et ses contactes avec les autochtones. Les participants Agta ont écouté ces témoignages et se sont confrontés avec les frères et les soeurs. Les Agta ont mis en évidence toutes les inconsistances présentes dans les réflexions des Franciscains et les ont poussés à être plus en syntonie avec leurs interventions et avec le charisme franciscain.

La Conférence Agta a été un grand succès. Non seulement les Franciscains ont pu apprendre des choses, prier et refléter davantage sur les situations vécues par les populations autochtones philippines, mais elle a aussi laissé des signes tangibles derrière elle. Les Franciscains ont fait entièrement partie de la communauté indigène et ont spontanément décidé d'être les objets de l'enseignement des Agta. Cela a représenté un moment de vraie solidarité car les deux communautés, le peuple Agta et les Franciscains sont ressortis de l'expérience ayant donné et reçu quelque chose. Les Franciscains sont ressortis avec une nouvelle conscience et un nouvel engagement vis-à-vis de leur charisme tandis que la communauté Agta a pu voir établi un nouveau centre/ communauté d'apprentissage.

Des discussions au sein de la communauté internationale sur le droit au développement et les droits des populations autochtones peuvent souvent causer des tensions, des affrontements et /ou beaucoup de bruit. Perdus dans certains arguments se trouvent les besoins les plus profonds de quelque personne et les bonnes intentions d'autres d'apprendre et d'aider. Est-il réaliste de s'attendre que les besoins de deux groupes complètement différents peuvent se rapprocher et s'améliorer mutuellement ? Si l'un retire un bénéfice, nous sommes amenés à penser que l'autre en doit payer le prix. Comment deux groupes très divers peuvent bénéficier du même programme ? Certains frères et sœurs franciscains aux Philippines ont récemment profité d'un programme qu'ils ont partagé avec le peuple Agta qui vit dans une région montagneuse de Luzon. Avec le dialogue, la planification et la créativité, les Franciscains et les Agta ont tous les deux bénéficié d'une conférence qui était économiquement avantageuse, enrichissante et qui a fourni des résultats concrets pour le long terme.

Oral, Written or Summary: 
Meeting Year: 
2000
Meeting: 

co00

UN Commission on Human Rights: Fifty-sixth session
Meeting Name: 
UN Commission on Human Rights: Fifty-sixth session