Les chrétiens du Pakistan sont victimes de persécutions de la part d’activistes islamistes. Au cours de la vague de persécution la plus récente contre les chrétiens, trois événements majeurs se sont produits dans l’espace d’un seul mois. En juin 2009, cinquante-sept maisons ont été détruites à Bamni Wala, dans le district de Kasur. Le 30 juillet 2009, cinquante maisons de chrétiens ont été incendiées, et le 1er août 2009 sept chrétiens ont été brûlés vifs [Un chrétien décèdera le lendemain des suites de ses blessures, alourdissant le bilan à huit morts, NdT]  et soixante-dix maisons ont été détruites. Plus de cinquante chrétiens ont également été blessés.
Nombre d’autres attaques ont été perpétrées contre des chrétiens sans défense au cours de ces dernières années, comme à Shanti Nagar en 1997 ou à Sangla Hill. En mars 2009, une femme a perdu la vie à Gujrawala suite à l’attaque d’une église ; en avril 2009, dans l’attaque d’une église et d’un quartier chrétien de Taiser Town, dans la banlieue de Karachi, un jeune homme a été tué et d’autres furent grièvement brûlés. Dans ces événements, des maisons ont été détruites, pour une valeur totale de plusieurs millions de dollars. Les chrétiens avaient construit ces maisons au prix de décennies d’un dur travail et quelques secondes ont suffi aux activistes islamistes pour les détruire. De tels actes de violence à l’encontre des chrétiens doivent être fermement condamnés. Il est profondément regrettable que pas un seul fanatique islamiste n’ait été jusqu’à présent traduit en justice et qu’aucun n’ait été puni pour de tels actes de vandalisme. Tous ces actes de violence à connotation religieuse ont été commis au prétexte de la religion, sous l’accusation mensongère de profanation du Saint Coran.
L’attaque la plus violente a eu lieu le 1er août 2009, quand une foule en furie et armée, composée de radicaux musulmans de Gojra accompagnés de musulmans d’autres villes des districts de Toba Tek Sing et de Jhang, a attaqué un quartier chrétien de Gojra et intégralement détruit environ soixante-dix maisons et brûlé vifs sept chrétiens – parmi lesquels quatre femmes, deux enfants et un homme. Les enfants ont essayé de s’enfuir de leur maison, mais ils ont été attrapés par des fanatiques islamistes, rejetés dans leur maison en flammes et tués dans une explosion provoquée à l’aide de produits chimiques. Ces sept chrétiens étaient tous issus de la même famille catholique, celle de M. Hameed Masih. J’ai visité la maison où ces événements ont eu lieu. Elle est intégralement calcinée. J’ai également vu les autres maisons, dans le même état. Cela ressemblait pour moi à un cauchemar. Dans une maison, la famille était en train de préparer le mariage de la fille. Cette foule en furie est venue, a pillé leurs objets de valeur et fait sauter toute la maison. J’ai visité une petite église détruite, avec des bibles et des croix jetées au sol. Pour pratiquement tous les chrétiens dont les maisons ont été pillées dans ce quartier, il ne reste littéralement rien – pas une simple tasse pour prendre le thé, un verre pour boire de l’eau ni une assiette pour manger. Je n’ai pas vu de vêtement qu’ils puissent porter. Vous pouvez imaginer quel traumatisme ils ont subi, quel choc mental ils connaissent à présent. L’argent patiemment économisé au long des années pour construire une petite maison a été anéanti en quelques secondes.
Il est très regrettable que la police de Gojra et d’autres forces de sécurité n’aient rien fait pour éviter ce triste événement. Le gouvernement du Penjab a envoyé des agents dans la soirée, quand tout était terminé, quand toutes les maisons des chrétiens avaient été saccagées, quand sept chrétiens avaient été brûlés vifs à cause de leur foi. La situation à Gojra était tendue, et cette tension augmentait depuis neuf heures du matin, le 1er août. Mais malgré des appels répétés au gouvernement du Penjab, personne n’est venu à leur aide. Quand les agents sont arrivés dans la soirée, c’était trop tard. C’est l’expression de la protection que notre gouvernement prétend donner aux minorités.
A présent, M. Asif Ali Zardari, président du Pakistan, M. Yousaf Raza Gillani, premier ministre du Pakistan, et M. Shabaz Sharif, ministre-président du Penjab, ont fermement condamné ces actes et ont annoncé des indemnisations pour la reconstruction des maisons de ces chrétiens pauvres. Le gouvernement du Pakistan a annoncé vouloir rendre justice, lancer une enquête judiciaire et fournir une indemnisation pour les chrétiens touchés. Mais une question reste ouverte : comment faire retrouver aux chrétiens le sens de la sécurité, de la dignité, de l’honneur et de la liberté religieuse ?
Il convient aussi de regretter que les forces de police aient été réticentes à enregistrer les plaintes liées à ces événements [Il s’agit plus précisément de First Information Report, une procédure de signalement des délits propre aux systèmes juridiques indien et pakistanais, NdT]. Il a fallu plus de neuf heures de protestation pour qu’elles soient enregistrées, avec la pression et l’intervention de M. Shahbaz Sharif, ministre-président du Penjab, M. Sana Ullana, ministre provincial de la Justice, M. Shabaz Bhatti, ministre fédéral pour les Minorités, M. Kamran Michael, ministre provincial aux Droits de l’Homme et aux Minorités, et de nombreux autres membres du Conseil provincial du Penjab, ainsi que de chefs religieux comme Mgr Joseph Coutts, évêque de Faislabad, Mgr John Samuel, évêque de l’Eglise du Pakistan (communion anglicane), et du frère James Channan, prieur vice-provincial de la Vice-province dominicaine du Pakistan. En outre, une forte protestation est venue des chrétiens, qui ont bloqué la voie ferrée avec les cercueils des sept chrétiens assassinés et étaient déterminés à ne pas enterrer ces victimes tant que les plaintes n’avaient pas été enregistrées. On peut imaginer, s’il a fallu tant de difficultés pour porter plainte lors d’événements aussi graves, combien il est difficile pour les gens ordinaires d’obtenir l’enregistrement de leurs plaintes auprès de la police au Pakistan.
Tous ces actes de persécution et de terrorisme contre les chrétiens ont été commis au nom de la religion, sous la fausse accusation de profanation du Saint Coran. Il faut noter l’existence des sections 295 B et 295 C du Code pénal pakistanais (« lois sur le blasphème »), qui prévoient la peine capitale automatique pour qui profane le nom de Mahomet, le prophète de l’islam, ou le Saint Coran. Il est très facile de tuer quelqu’un au Pakistan en l’accusant de blasphème contre Mahomet ou de profanation du Saint Coran. Si quelqu’un est accusé de blasphème contre Mahomet ou le Saint Coran, il est sûr de mourir. Il sera lynché par la foule en colère, ou s’il parvient à prouver son innocence devant les tribunaux, il ne pourra vivre au Pakistan car un musulman fanatique peut le tuer. Des centaines de personne sont derrière les barreaux au Pakistan à cause de ces lois, et il est intéressant de voir que la majorité d’entre elles sont musulmanes. Plus de quatre cents musulmans sont en prison en raison des sections 295 B et 295 C. Dans le cas des chrétiens, si un chrétien est accusé, toute la communauté en souffre et encourt la colère publique. Tout le quartier chrétien est brûlé et totalement démoli du fait de cette accusation, qui s’est toujours révélée fausse jusqu’à présent. Il n’y a pas un seul chrétien qui ait profané le Saint Coran. Toutes les accusations contre les chrétiens étaient infondées.
Maintenant, que faut-il faire ? Trop, c’est trop. Les chrétiens du Pakistan demandent l’abrogation complète des sections 295 B et 295 C. Le gouvernement du Pakistan doit s’attaquer aux causes de ces événements.
Tous les évêques catholiques et protestants ont annoncé trois jours de deuil et tous les établissements chrétiens resteront fermés pendant trois jours, pour protester après les événements de Gojra. Dans de plusieurs villes, parmi lesquelles Lahore, Islamabad, Islamabad, Rawalpindi, Faisalabad, Karachi, Multan, Bahawalpur et Sargodha, des chrétiens ont protesté contre ces attaques et ont demandé la justice et la sécurité pour leur vie et leurs biens ; ils ont également demandé l’abrogation complète des lois sur le blasphème dans le pays.
De nombreux musulmans, accompagnés de chefs religieux parmi lesquels Maulana Abdul Khabir Azad, Grand Imam de la mosquée Badshahi de Lahore, ont condamné les attaques contre les chrétiens. De tels événements pourraient naître d’une tentative concertée de créer des tensions entre chrétiens et musulmans et pour rendre vains les efforts de dialogue islamo-chrétien que nous menons depuis les dernières décennies. Il pourrait également s’agir d’un acte volontaire de diffamation à l’égard de l’islam, pour créer un fossé entre islam et christianisme dans le monde entier.
Nous demandons aux organisations de défense des Droits de l’Homme dans le monde de prendre notes de cet événement et de s’adresser à notre gouvernement pour obtenir l’abrogation des lois sur le blasphème et la protection des chrétiens. Nous appelons également les chefs religieux et les artisans de paix à intervenir dans cette grave affaire pour pousser notre gouvernement à prévenir à l’avenir les persécutions contre les chrétiens et de telles attaques fanatiques, et pour que justice soit faite.
 
Fr James Channan OP
Prieur Vice-provincial
Vice-province dominicaine du Pakistan

Humanitarian update on Pakistan from United Nations sources

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